Jamais il n’a été question de dérive, non qu’il en aille d’un impossible, si telle est réellement la contrainte — on veut alors savoir ici qui contraint ; jamais, que dérive le navire en plein Océan Arctique tenez, encerclé par tout un givre (l’image éculée de la dérive dans le givre, et l’imminent naufrage, comme obligé : une telle obligation étant ce dont s’agit de se défaire), courant ce faisant à sa perte entraîné par des courants qui l’enfonceront* tout à l’heure dans les profondeurs, cela n’a pas lieu, ce tout à l’heure (aussi bien un siècle) est un irréel, qu’on l’écarte. La trajectoire est sûre, du navire, réitérant une trajectoire ancienne de décennies sans en dévier jusqu’aux escales, comme s’il importait de rejouer cette traversée originaire ayant fait date, toute de sidérations au vu de ce qui se découvrait, visions inouïes où qu’on se tournât, le spectre magique des bleus, océans, mers et ciels, vagues, reflets, vents et sillage d’écume en arrière du navire, mais aussi mouettes et cormorans, cris et paroles rapportant ces cris, celles des navigateurs, l’écriture pour en tout fixer sachant ce qu’il en est de la fixation (qu’elle ne se peut qu’à peine).
Et la nave va. Mer des Sargasses. Ou l’attente qui s’éternise, d’une escale, question de jours peut-être. P. est sur l’un des ponts, seule, tandis que s’annonce une tempête, elle voit se couvrir le ciel, s’agiter furieusement l’eau, signe qu’il faut rentrer à présent, il lui est crié de rentrer, peut-être est-ce Miles qui le lui conjure, avec voix qui ne perce qu’à peine dans la tourmente à présent déclarée, il y a secousses, chocs de la coque du navire contre de hauts murs de vagues, P. vient à l’instant de rentrer, qui a rejoint le grand hall, pas un qui ne s’y soit réfugié, les vingt-six rassemblés en cette heure comme rarement, craignant pour le navire, que c’en puisse être les dernières heures : rien de cela n’a lieu, et revient l’accalmie, ce qui arrive ? Il arrive quelque chose, que la radio peut être captée de nouveau jusque dans les cabines, après un fading de jours inexpliqué, Adam traverse le couloir, s’arrête devant la cabine de Miles, y entendant, audible du dehors, le So nice d’Astrud Gilberto, la porte est entrouverte : personne, il entre, fumée compacte l’indice d’une présence récente, etc.
Quelle saison est-ce ? N’avoir pas compté [depuis la dernière mention*], le narrateur ici est en cause, qui invente, s’étant rétracté à plus d’une reprise : automne. Et tous à même le navire s’accordent sur cette saison, qu’elle commencerait. Il s’y peut des jours de chaleur encore, de chaleur pas possible, où l’on déserte les ponts — intenable ; aujourd’hui, d’imposantes nuées rendant appréciable l’air ambiant, soleil voilé, Miles est aperçu allant vers l’arrière du navire, afin de faire usage du mot de poupe (hapax), et accessoirement photographier l’écume, il a un appareil photo qu’il gardait jusqu’alors en secret, de l’une des dernières escales, avec en tête la réalisation d’une série à destination des archives du navire, pour autant qu’elle puisse être gardée, qu’il y ait sens et intérêt de cette garde, un vertige peut-être le saisit-il lorsqu’il se penche à l’occasion du premier cliché : mouvement de recul, et s’il tombait par-dessus bord ? Serait-ce au juste la fin du monde ? D’un mais du… Accourent P. et Adam (pourquoi eux seuls ? Il faut d’autres figures), pour le mettre en garde.