samedi 24 juin 2017

Vient de paraître, le 8 septembre 2018, 
aux éd. L'atelier de l'agneau.
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lundi 12 juin 2017

Nouveau chantier







Un mot avant le premier mot, qui ne soit pour autant premier, à mille lieues de l'être : lieu, il faut un lieu. Vient le lieu. Ruines d’un édifice du XIIIe s. (une tour seule épargnée) avec jardin d’une étendue considérable incluant un lac intérieur, quelque artificiel qu’il soit miroitant de jour les nuées de nuit les astres, avec barque d’un bois détérioré, éventré, mais flottant encore pour ce qu’il en reste, épave visible depuis la tour même — mais il n’y a personne — qu’emporterait une tempête, le cordage ayant cédé il y a peu, qui la retenait à la rive. Une allée depuis le lac, acheminant vers les ruines, et des ruines vers la tour et son intériorité même, tel monte-charge primitif quoique ultérieur aux temps de sa construction, que l’on empruntait alors afin d’accéder aux diverses chambres, et dénombrables, une par étage, soit quatre chambres avant les combles. Ici un mouvement de recul — mais il n’y a personne — les ruines, une question, et si les ruines avaient été construites comme ruines ? Ruinant ce faisant le nom de ruines, que l’on croyait sûr, des éboulements furent simulés comme ayant eu lieu sous l’effet du Temps, pierres sur les pierres adjonction de manière semble-t-il précaire ou erratique l’on craint aujourd’hui encore une suite d’effondrements, affectant notamment la tour indemne, mais un équilibre règle secrètement la physionomie de l’édifice, et cela tant qu’il n’y a pas ruines des ruines, or si nous y étions déjà ? Ne sachant rien du temps du volume, confer telle frise chronologique (longue plaque en bois fixée au mur d’une chambre telle qu’en mémoire, car il était un lieu tel, une fois un lieu tel, etc.) où situer, d’une encoche, le temps de l’écrit, seule action en présence. Ainsi, comme pris de court, qu’adviendrait-il des plans, eussent-ils été échafaudés en hâte, s’il y a seulement plans ; auraient été oubliés écrivant, devancés par l’écriture, introduisant en leur absence. En marge : épave est à entendre comme étant le volume même, et en arrière d’épave, l’évaporation de toute marque à même ses parois, de spectrales qu’elles étaient en cela qu’attenantes au rêve, ou y retournant le rêve — l’origine du monde (rêve d’un dieu ?). Il n’advient ensuite pas rien. Une présence. Animale semble-t-il, est vue — mais il n’y a personne — se déplaçant d’abord au sommet d’un unique cyprès, puis d’un cyprès l’autre, vers la végétation basse et sauvage celle s’étant accaparée les ruines, une meurtrière y donne accès, arrière des remparts, telle cour intérieure d’envergure certaine, avec puits central d’une eau ancienne de siècles, et tarie pas de faune alentour s’y abreuvant, si bien qu’assoiffée mettons, cette dernière irait à l’étang plutôt que de s’empoisonner au puits, à l’étang d’une escale seule, premières gorgées, bien avant le lac, sachant qu’entre l’étang et le lac se tient l’autre escale, autres gorgées, du ruisseau. Mais la tour, car tout se passera longtemps comme s’il n’était qu’elle : ses hauteurs dernier étage avant les combles, un escalier en hélice tout de pierres y achemine ; la porte est entrouverte quoique retenue par une chaîne de fortune avec cadenas oxydé par l’air quelque rare qu’il se révèle être, une scie aurait raison d’elle en de seules secondes, donnant accès aux combles. Il apparaîtrait alors : pièce basse avec poutres de diverses tailles soutenant les ardoises de la toiture parfois éventrée — sous l’effet de la foudre gageons —, soit autant de jours par lesquels s’introduisent les rayons solaires. La pièce s’en éclaire, jusqu’à ce premier cadre — quatre sont en attente, d’une introduction du regard mais il n’y a personne —, contenant une photographie du siècle dernier et colorisée ultérieurement, comme afin d’en réactualiser la scène. Et scène quelconque dans le premier semblant, la description contrecarrera l’impression par ce qui tient lieu ici de titre, phrase brève, sur telle plaque métallique fixée en bas de cadre. Rien n’est à en dire encore, car pas idée de la phrase, elle y est inscrite mais pas idée ; quant à la photographie — peut-être plus sûre, elle — il faut décider, quelle scène s’y déclare, inventer, une femme, mettons celle qui occupa les lieux le siècle dernier, et accepta de poser, au moins une fois unique, pour le photographe qui par ailleurs ne signe pas, fût-ce des seules initiales de son nom, ou alors d’un trait même irrégulier qui eût été indice — rien. La femme, à l’accoutrement obscur tout de dentelles, chair visible au travers l’on pense sur l’instant au nom de décence, poitrine au bord d’éclater sous l’effet du corset enserrant à l’extrême, à moins que ne précède un craquement de couture — l’un ou l’autre —, la photographie quoiqu’il en soit n’arrête rien de tel, laisse entendre seulement (ces possibles, dans la course du Temps). Pose. Ne pose pas, regard détourné de l’objectif, parce qu’il se passe quelque chose, au-delà d’elle, ailleurs que dans les combles (la chambre d’en-dessous ?) un bruit audible, retenant son attention, elle semble tendre l’oreille, inquiète, quelqu’un viendrait, bruit de pas dans l’escalier en hélice, davantage distincts à chaque seconde, une seconde un pas, puis la porte. Et là trois coups mettons, comme théâtraux annonçant l’ouverture, ne s’inscrivent certes pas à même la pellicule, le seul secours d’une fiction les signale, d’une fiction à déployer toute la tâche à venir, rappelant la vie dans la tour, du vivant de la femme posant ou ne posant pas, quoi dès lors de l’inquiétude ? Saurait avoir été feinte, lecture en attente du visage, de la gestuelle, or il aura fallu ne pas bouger sauf à ce que s’inscrivît telle trace trouble, comme spectrale, causée par le mouvement même, impossible mais possible, au titre de l’effet photographique (seule signature), de celui qui ce faisant se figura inventer la poudre. L’image n’en est pas moins exceptionnelle, mais comme malgré elle, pour tout ce qu’elle révèle, d’une vie fût-elle tardive dans la tour, fin XIXe, début XXe s. Ainsi l’arrière-plan, un instant : piano noir demi-queue, quantité de touches détériorées, couvercle fermé (un musicien de passage, seule autre figure, y aura pris place pour la pose, la pose sûre, cette fois : ne joue pas ou alors marque-t-il une pause), que surplombe, et sur le couvercle même, telle cage aux Inséparables à ce qu’il semble : l’un d’eux bec ouvert comme s’il parlait — comme s’il voulait parler pour d’autres temps, alerter mais de quoi ? Et qui cela ? — de toute sa langue de volatile qui serait à traduire, témoin irremplaçable d’un âge perdu. La photographie seule… Est emportée — mais il n’y a personne — vers l’un des étages inférieurs, où elle fut prise, afin d’y observer ce qui coïncide encore, la femme peut-être seule à ne plus être. Une recherche du piano — l’indice — s’effectue ainsi dans les étages : est retrouvé, une ample étoffe de soie le couvrant, et sur l’étoffe un verre qui dut contenir un alcool aujourd’hui évaporé une seule poudre rouge rare en son fond, la cage n’y est plus, ou déplacée en une autre chambre, substituer ici au nom impropre de chambre celui de salon, est reconnu tel qu’en la photographie, une hésitation brève aura précédé, mais non, son mobilier d’époques distinctes au risque* d’un choc esthétique (mettons qu’un architecte d’intérieur y travaillât tout un temps) qui est bien le moins que l’on pût attendre, donnant ce qui suit : rendre compte de toute époque ayant traversé, fusion : Et la fusion fut, ayant fusé dans les âges jusqu’à l’actualité de la désertion. Un spectre seul, le nouvel arrivant, que je puis être ou tel autre de passage disant je, ayant été jusqu’alors sous la formule « mais il n’y a personne », car l’on aura compris qu’il y avait quelqu’un, condition d’apparition des ruines et de leur jardin, encerclant, il n’y aurait rien sinon, impossibilité de toute phrase, dont l’actuelle attachée à la description des lieux jusqu’au salon où je circule, avec matérialité recouvrée mettons, ayant empoigné ce chandelier dont la lumière se réactive embrasant les mèches de bougies s’il en est d’intactes, peut-être trois quatre, éclairant faiblement telles tapisseries orientales : scène de bataille en trois volets, reliés par d’étranges cordages, le regard se porte d’abord sur ces masses disproportionnées que constituent les chevaux, vus se cabrant ruant enferrés dans la mêlée guerrière, et fouettés grièvement comme afin que croisse la furie, leur cavalier s’ils sont encore ayant heurté de longues heures, et heurtant encore à coups de glaive — mais presque sans plus de calcul, avec l’exténuation qui se déclare — les boucliers, les armures en présence, contrariant le reste de puissance, toute une insistance à l’œuvre ; des sangs se répandent et giclent, effondrements de corps retournant la poussière en de suffocantes nuées, maints dès lors d’en appeler à la trêve, à la trêve qui ne vient pas, blessures insoutenables, combien restent, combien guerroient encore, le triptyque donne ce qu’il peut, aussi réaliste qu’il était alors possible, du temps de sa confection. Une table — guéridon plutôt —, avec vase d’un verre opaque, mais sans plus de fleurs, celles qui séchèrent furent orchidées mettons, la photographie ne révèle rien de cette zone négligée, comme s’elle n’intéressait en rien, alors ce tiroir que j’allais ne pas percevoir, avec serrure que j’eusse forcée en l’absence de sa clé, mais il s’ouvre, sa poignée métallique tirée d’une main hâtive, ouvrant sur toute une joaillerie d’exception, que je place en hâte, amoncelée, sur le guéridon, dans le restant de lumière du chandelier, et révélant toute la profondeur troublante des pierres en présence, reflets où s’abîme la vision et en laquelle se ressuscite un ciel d’été de nuit, saturé d’astres, l’été qui est ou n’est plus, il faut vérifier, que je sorte, c’est le soir, une obscurité déjà, mais le ciel est couvert, un seul halo lunaire perceptible, éclaire toutefois étendant démesurément les ombres de la végétation alentour, soir d’aucune saison. Puis que se passe-t-il ? Certains attachés aux passages questionnent, et s’il fallait se reprendre ? Enferrés dans la langue du récit, d’un temps n’ayant plus cours, empruntant à celui de la photographie — une imprégnation de rigueur —, qu’il y en ait d’ultérieures, la langue sera tout autre ; pour l’heure l’inactualité donc, où le salon est arpenté encore, une tabatière sur telle table il n’y est qu’infimes fragments de feuilles sèches, un cendrier tout contre, avec cigare entamé de moitié — quelles lèvres s’y posèrent ? D’un visage en attente, que restituerait une autre photographie — que je puis fumer, embrasant son extrémité à l’ultime flamme du chandelier, les cires écoulées à présent. Une armoire, est  ouvrir, contient une vaisselle de valeur inestimable je le saurai, m’en détournant d’un bruit à la fenêtre, est à ouvrir — est-ce à dire que je l’ouvre ? — averse se déclarant bruyante, frappant contre le vitrage, et que traversent des cris de la faune sauvage dans le lointain. Puis cela cesse : l’averse, les cris. Un fauteuil j’y puis prendre place, à deux pas de la petite bibliothèque consultation impossible de ses titres, car d’une langue étrange, rien de ce que je savais des alphabets en ce monde, les lettres, mais y a-t-il lettres, semblent avoir été patiemment gravées recourant aux dorures, à même la couverture, inscriptions que seul un spécialiste des langues rares et régionales, saurait traduire, que ce soit avec toutes les difficultés du monde, et s’il ne vient pas, s’il n’y a pas une chance qu’il vienne, parce que plus un ne vient, que je suis seul, et pour longtemps, à vouloir rendre compte d’une vie antérieure en ces parages, les livres ne sont plus que pierres, me rejetant à distance de leur intériorité, et pour toujours.